conflit-en-entreprise
CONFLIT
EN ENTREPRISE
Rôles
du Manager, du Médiateur
et de l'Arbitre
Travailler
ensemble, c'est se frotter à la différence des autres" (Christine
Marsan Cabinet
Renaissance - mars 2010)
Le conflit
professionnel, résulte dans
la plupart
des cas, de malentendus, d'incompréhensions, d'absence
ou de déficit de communication, de frustrations, d'intérêts divergents,
de
relations entre personnalités difficilement compatibles, de jalousie, de
jeux de pouvoir, de guerre de positionnement, de leadership, de
réticense au
changement, etc. Ainsi,
à l'origine de chaque conflit, se trouve en réalité, un problème qui se
manifeste par une tension, que celle-ci soit palpable ou latente.
Le
conflit
est
pour ainsi dire, inhérent à la dynamique de fonctionnement d'une
équipe, d'une
entreprise, d'une organisation. Une organisation est souvent appréciée
à
travers l'hétérogénéité de ses membres, qui démontrent des capacités
différentes de travail, des connaissances diversifiées, des idées
exprimées
différemment, des références culturelles et sociologiques différentes,
une
complémentarité de ses membres,... Si cette diversité constitue un
atout dont
on se félicite dans le travail, il reste qu'elle s'est également
révélée au
grand jour, comme source de conflit. C'est dire donc, qu'il
est tout à fait normal que des conflits
surgissent dans une organisation dynamique, où des idées circulent et
des
sensibilités se frottent. Il est certainement à
considérer qu'une
organisation doit avant tout, apprendre à vivre avec ses conflits,
d'autant
plus qu'un conflit n'est pas que négatif, il est aussi positif.
Le conflit
positif - Le conflit négatif
Un
conflit positif au
sein d'une équipe, peut
être créateur et aider les membres à prendre de meilleures
décisions, aux bons moments:
En
incitant à examiner avec réalisme un problème qui serait en
passe d'être négligé,
En
obligeant à ré-examiner une solution et à faire preuve,
davantage de discernement, d'innovation, de créativité, de
persévérance,...
En
incitant à intégrer différents points de vue pour s'enrichir et
concevoir des solutions plus adaptées,
En
augmentant l'intérêt et l'énergie de l'équipe, donc en
renforçant sa solidarité et sa cohésion.
Par
contre, un conflit négatif
nuit à
l'efficacité de l'équipe :
En créant
une atmosphère de crainte, de frustration, de méfiance,
de rumeur, de fuite de responsabilité,
En
provoquant la rétention d'informations importantes et en
perturbant l'organisation du travail,
En
détournant l'énergie de l'équipe à des fins destructrices,
En la
discréditant aux yeux des personnes extérieures dont des
partenaires et décideurs potentiels,
En
installant les membres dans des situations contre performantes et
contre
productives.
Les
différentes
formes du conflit
L'essentiel
n'est pas d'éviter coûte que coûte le conflit, l'important c'est de le
gérer,
particulièrement par la prévention et la résolution. Le préalable est
de
comprendre les différents mécanismes de prévention et de résolution du
conflit,
de même que les rôles des intervenants-clés, dans le processus global
de
normalisation des situations. Nous parlerons ici, des rôles de trois
acteurs-clés
impliqués dans le dispositif de prévention et de résolution du conflit:
il
s'agit du Manager, du Médiateur et de
l'Arbitre. Il est cependant
important de comprendre les
différentes
formes du conflit.
Le
conflit peut prendre plusieurs formes. Au plan
juridique, il peut porter sur la mise en oeuvre ou l'interprétation
d'un droit
existant, que ce droit soit ou non entériné par une loi, un texte
réglementaire, conventionnel, un règlement intérieur ou un contrat
synallagmatique.
Un conflit d'intérêt surgit généralement là où la négociation
collective a
échoué. Par ailleurs, un conflit du travail peut impliquer soit un
travailleur
en particulier (conflit individuel) soit un groupe de travailleurs
(conflit
collectif).
Dans les
formes conflictuelles, il est également à
noter:
le
conflit intrapersonnel que la
personne a avec elle-même particulièrement, dans des moments de prise
de
décision;
le conflit
interpersonnel qui nait de relations
de travail
difficiles et
d'incompatibilité de personnalités;
le conflit
entre un membre et son équipe qui
peut surgir dans des
cas
d'inadaptation, d'intégration difficile, d'iniquité,...;
le conflit
organisationnel, conséquence d'une
absence de
définition ou d'une
définition floue des missions et activités des membres.
Les procédures
de
règlement du conflit sont le plus souvent établies
dans les législations nationales qui prévoient en alternative, des
procédures
volontaires convenues par les parties elles-mêmes. L'un des
objectifs-clés de cette
procédure de règlement, consiste à promouvoir la négociation
collective, d'où
une préférence pour le règlement bipartite à chaque fois que cela est
possible.
Les procédures
peuvent
prendre trois formes, à savoir:
la
conciliation et la médiation,
l'arbitrage,
la
décision par une juridiction classique ou un conseil de prudhommes.
Quoiqu'il
en soit, il
existe, un dénominateur commun à plusieurs
juridictions, à savoir la méthode volontaire, qui permet aux parties
d'opter
pour tel ou tel dispositif. On rencontre également une pratique
vivement
encouragée et de plus en plus répandue, qualifiée de méthode
alternative de résolution des conflits, qui délaisse
l'approche juridique au profit d'une justice qui s'exerce sur le lieu
de
travail, en dehors des circuits traditionnels de résolution du conflit.
L'essentiel est de comprendre que la
manifestation du
conflit, constitue quelque part, une piste de la solution à lui
trouver, en ce
sens que celle-ci permet à un problème d'être déjà repéré, identifié et
quelque
fois, les risques qu'il engendredrait, sérieusement mesurés.
Le
processus de
gestion du conflit et les rôles des acteurs-clés
Le processus
de gestion
du conflit implique des attitudes et des
postures à adopter pour faire face. Le conflit est inévitable au sein
d'une
organisation dynamique (nous l'avons souligné plus haut), il est
néanmoins
important d'user de stratégies pour:
prévenir
le conflit en le retardant le plus possible ou en réduisant ses effets
négatifs
sur le climat social, l'ambiance de travail et l'atteinte des objectifs;
le
contenir dès qu'il apparait, en faisant de sorte qu'il ne déborde pas;
éviter
qu'il s'enlise dans une crise profonde et durable;
prendre
des résolutions fermes de sortie de crise, une fois que l'on se trouve
dans une
telle situation;
éliminer
la cause du conflit;
établir
des objectifs rassembleurs;
assurer
une veille.
La
mise en
oeuvre efficace de ces différentes stratégies dépend en grande partie,
du style
de management, des règles de fonctionnement interne, de la dynamique de
la
communication et de circulation de l'information, de la mise en oeuvre
du
dialogue social, de l'esprit et la synergie d'équipe.
LE
MANAGER
On
reconnaît le
Manager à travers les missions dont il est investi. Principalement, il
supervise ceux qui font travail : il coordonne, oriente,
contrôle,
écoute,
conseille fait des rapports et appuie les équipes pour qu'elles
avancent vers
les objectifs de travail. Il est en cela le garant de la sérénité du
climat et
de l'ambiance de travail. Son rôle est permanent et implicite et il
doit veiller
à ce que tout fonctionne bien. Il est ainsi, au coeur du
dispositif de
prévention et de résolution du conflit professionnel.
En
matière de
gestion de conflit, le Manager est plus, attendu dans son rôle de
préventeur et
de régulateur du climat social. Son rôle de préventeur lui impose de
s'attaquer
tout au début, aux causes possibles du conflit, à savoir (entre
autres) :
les
rôles et
responsabilités mal
définis,
des
problèmes de
communication et de circulation de l'information,
des
systèmes de
récompense et
d'encouragement déséquilibrés,
de
l'instauration d'une concurrence mal saine en lieu et place d'une
émulation
constructive,
des
écarts significatifs de perception des
objectifs de travail, de la façon de
travailler en
équipe, des
attitudes culturelles face à des impératifs de vie commune,
de
la confusion
entre égalité et équité,
de
la
systématisation des clans.
De même,
le Manager doit
être capable de mesurer les conséquences d'un conflit, aussi bien pour
les
personnels que pour l'organisation. Il est en effet, censé ne pas
laisser au
conflit le temps de s'installer, de perdurer voire, de s'enliser dans
une
impasse. Gérer
le conflit c'est avant
tout, prendre conscience de son propre fonctionnement ou de celui de
ses
collaborateurs. C'est aussi savoir gérer la relation
interpersonnelle,
reconnaître ses stratégies d'intervention, savoir dire non,
savoir
écouter, faire preuve d'empathie tout en restant ferme et assumant son
autorité
et ses responsabilités.
Quand
on
est responsable d'une entreprise ou d'un service, il est
important de rester vigilant et de ne pas laisser s'installer des
règles
informelles et des habitudes qu'il sera difficile de modifier lorsque
des
impératifs de bon fonctionnement l'imposeront. Il est bon de pratiquer
une
communication positive avec ses collaborateurs, pratiquer une écoute
active
afin d'identifier les conflits personnels, repérer les
mécanismes
au sein
de l'équipe, ne pas ignorer des problèmes évidents, faire
passer
les
messages même contraignants tout en restant pédagogique, positif et
constructif, demeurer
maître de soi et des situations, échanger, chercher à comprendre et à
être
compris, tenir compte des craintes, ne pas se focaliser sur la
recherche
de coupable mais plutôt, amener l'autre à collaborer à la recherche de
solution.
Quand on est
aux
commandes d'une entreprise ou d'une équipe, on est
naturellement concentré sur le travail fourni et sur le résultat.
Cependant, ce
dernier peut souffrir d'une crise interne entre personnes. Il est donc
important pour un Manager de se tenir à
l'écoute de ses collaborateurs. Travailler sur les bonnes
relations de
travail est un moyen, pour limiter les risques de conflits et ainsi,
optimiser
les chances de réussite et d'atteinte des objectifs.
La prévention
et le
règlement des conflits du travail sont, pour ainsi
dire, deux conditions essentielles pour établir des relations de
travail saines
et créer un environnement propice à la rentabilité, à la croissance et
au développement
de l'activité économique.
L'écoute
est donc le meilleur
moyen de prévenir le conflit. Aussi, le
Manager
doit-il avant
tout, dire les choses au bon endroit, au bon moment et à la bonne
personne,
sans jamais critiquer et affaiblir une partie devant l'autre et celà,
dans
l'intérêt de la cohésion d'équipe et la préservation de la solidarité
de groupe.
Si les membres
de
l'équipe prennent la liberté de court-circuiter leur Manager
pour prendre langue avec la hiérarchie, c'est qu'elle le désavoue. Si
la
hiérarchie de son côté, accepte ce court-circuitage, alors elle aussi,
le
désavoue. Cette situation est banale en entreprise pour la simple
raison que
dès fois, la hiérarchie se sert de l'équipe pour disqualifier le
Manager.
Il faut
regarder au niveau de l'organisation ce qui peut créer des conflits.
Par
exemple, si on assigne une même tâche à deux personnes, celles-ci
risquent
d'entrer en conflit à cause des interférences. Ensuite, il faut se
montrer
vigilant envers les conflits de personnes, et pour cela il faut bien
connaître ses
collaborateurs, grâce à des entretiens réguliers et des réunions de
coordination.
LE MEDIATEUR
Un
conflit
déclaré se gère avec des outils relationnels. Il faut être disponible
pour
écouter les parties en conflit, faciliter l'expression de chacune
d'elles pour
les aider à développer leurs arguments jusqu'au bout. Il faut surtout
les aider
à sortir de leur état émotionnel pour comprendre l'autre.
Dans ce
contexte, une négociation est un processus par lequel deux parties ou
plus,
tentent d'atténuer ou d'éliminer un conflit entre elles. Le but est de
parvenir
à un compromis par la communication, la persuasion et des concessions
mutuelles. Les parties doivent être prêtes à renoncer à une partie de
leurs
pouvoirs en vue de déboucher sur des positions acceptables et
conciliables.
Le
processus de médiation
consiste à faire appel à un Médiateur qui assiste les parties dans la
mise en oeuvre
de solutions mutuellement satisfaisantes. Il est en
effet,
reconnu au Médiateur ses talents et son
expérience de négociateur/facilitateur.
Désigné par
les parties
en conflit, il agit en tant
que tiers neutre, indépendant, impartial et sans parti pris. Sa mission
est de
faciliter le dialogue en laissant les parties, seules décisionnaires de
l'accord
qui résultera de cette discussion.
On fait
recours à un Médiateur lorsqu'on sent qu'un conflit grave pointe à
l'horizon et
qu'aucune des deux parties ne souhaite arriver à une telle situation.
On fait
également appel à ses bons oofices, dès lors que la négociation a
échoué et que
les parties ne souhaitent pas pour l'instant, faire appel à un Arbitre.
le
but
de la médiation n'est pas de fournir une solution clés en main aux
acteurs d'un
conflit mais plutôt, de les aider à trouver leur
solution, en
partant du
principe qu'il ne peut, dans la quasi-totalité des cas, en exister de
meilleure
solution importée du dehors. La médiation n'est possible que si
les deux parties acceptent le Médiateur et font preuve de bonne volonté
pour trouver une solution.
L'ARBITRE
L'arbitrage
est réalisé par une autorité extérieure qui va décider de la manière
dont le
conflit va être résolu. L'Arbitre vient donc avec des règles
pré-établies et se
fonde habituellement sur l'examen des faits et des droits des parties
en
présence. C'est un processus formel. Les parties renoncent à tout
contrôle sur
le processus de prise de décision.
On a
recours à un Arbitre lorsqu'on aura échoué avec les autres méthodes
mais aussi,
lorsque l'une des parties pense qu'elle a tout à y gagner en faisant
valoir ses
droits.
cependant,
l'arbitrage d'une personne extérieure à l'équipe présente des
inconvénients:
On
peut perdre du temps à attendre qu'un Arbitre convenable soit trouvé et
disponible;
Une
personne extérieure à l'équipe, se préoccupera seulement des faits, il
y a peu
de chance qu'elle perçoive les facteurs émotionnels sous-jacents;
Comment
améliorer la gestion des conflits dans une
organisation ?
Assainir
le climat social,
Faire
preuve d'équité et de responsabilité,
Traiter
le conflit avec rapidité et transparence,
Analyser
la cause réelle (et non supposée) du conflit,
Trouver
une solution par une négociation directe ou par le biais d'un Médiateur
ou d'un
Arbitre, en évitant autant que possible d'aller en contentieux,
Assurer
une bonne communication institutionnelle et interpersonnelle,
Assurer
une veille stratégique.
Au
nombre des qualités requises pour gérer un
conflit , on peut citer:
L'impartialité
(ne pas chercher à influencer)
L'empathie
(s'identifier à chaque partie)
La
libre expression des parties (tout en canalisant la discussion)
Le
souci de clarification des problèmes (reformulation, résumé)
L'écoute
active
Le conflit
a
effectivement une utilité. Il faut l'identifier pour le gérer, mais
surtout ne
pas chercher à l'étouffer, à s'enfermer dans la politique de
l'autruche. Il
faut être attentif, être capable de percevoir très vite les changements
d'attitude d'un collaborateur. Après, il s'agira d'initier un dialogue
structuré et avancer vers l'essentiel c'est-à-dire, le défi de rester
et de
réussir ensemble.
Keba Diallo