mobilite-geographique
Bien
négocier sa clause de mobilité géographique
Au
nombre des éléments-clés du contrat de travail figure le lieu de
travail.
Facteur d'équilibre de la vie familiale et professionnelle, la question
du lieu
de travail et de son éventuelle modification peut cristalliser bon
nombre de
tensions. Pour les anticiper et y remédier, il est donc fréquent de
prévoir
dans le contrat de travail une
clause
de mobilité.
A
quoi sert une clause de mobilité géographique ?
L'introduction
d'une clause de mobilité dans le contrat de travail vise à pouvoir
modifier le
lieu de travail du salarié au sein d'un périmètre défini par la clause,
sans
avoir à recueillir l'accord préalable du salarié, celui-ci l'ayant
donné par
avance lors de la conclusion du contrat de travail. Le refus par le
salarié de
la mutation imposée en application de la clause de mobilité, sous
réserve que
celle-ci soit loyalement effectuée, constitue alors un manquement de ce
dernier
à ses obligations contractuelles et l'expose à un licenciement pour
cause
réelle
et sérieuse.
Quelles
sont ses conditions de validité ?
Pour
être valable, une clause de mobilité doit définir de façon précise sa
zone
géographique d'application. A défaut, une telle clause est nulle ou, à
tout le
moins, inopposable au salarié. Par ailleurs, la clause ne peut conférer
à
l'employeur le pouvoir d'en étendre unilatéralement la portée. Le
salarié,
lorsqu'il contracte, ne doit en effet avoir aucun doute sur la portée
de son
engagement. Pour l'heure, la définition claire et précise du périmètre
d'application de la clause de mobilité est la seule condition de
validité qui
ait été posée par la jurisprudence.
Quelles
sont ses modalités ?
La
clause de mobilité doit être mise en oeuvre loyalement. En la
matière,
la bonne
foi de l'employeur est présumée. Il appartient donc au salarié de
démontrer,
s'il entend contester l'application de la clause de mobilité, que
l'employeur a
fait usage de la clause à des fins autres que l'intérêt de
l'entreprise.
L'usage abusif de la clause a par exemple pu être caractérisé, quand
l'employeur
a imposé une mutation à un salarié qui disposait d'une clause de
mobilité dans
son contrat, alors que sa femme était en enceinte de sept mois et que
le poste
pouvait être pourvu par d'autres salariés. De la même façon a été
reconnue
abusive la mise en oeuvre de la clause de mobilité d'une salariée alors
qu'elle
avait pour conséquence d'entraîner un important bouleversement dans sa
vie
personnelle et familiale, que la salariée avait l'essentiel de ses
clients dans
la région d'origine et que ses attributions n'exigeaient nullement sa
présence
permanente à l'agence où elle était mutée.
Par
ailleurs, la clause de mobilité n'est pas mise en oeuvre de manière
loyale
lorsqu'elle vise à imposer à un salarié à partager son temps de travail
entre
deux établissements. De la même façon, la clause de mobilité ne peut
pas être
utilisée par l'employeur pour des motifs disciplinaires. En effet, si
l'employeur use de la clause de mobilité pour sanctionner le salarié,
les juges
opéreront un véritable contrôle du bien fondé de la sanction et du
caractère
proportionné de celle-ci par rapport aux faits reprochés, même si la
mutation
imposée respecte par ailleurs la clause de mobilité.
La
loyauté s'apprécie également au regard des délais de prévenance
accordés au
salarié et au contexte de la mise en oeuvre de la clause (absence de
caractère
vexatoire etc.). Dans de tels cas, le salarié est alors en droit de
refuser la
mutation qui lui est imposée en application de la clause de mobilité.
Quelles
en sont ses limites ?
La
mise en oeuvre d'une clause de mobilité nécessitera dans certaines
hypothèses
l'accord préalable du salarié. Par exemple, la mise en oeuvre d'une
clause de
mobilité ne peut avoir pour effet de revenir sur les modalités de
travail
convenues avec l'employeur tel le travail à domicile. De ce fait, même
en
présence d'une clause de mobilité, l'employeur devra recueillir
l'accord
préalable du travailleur à domicile pour fixer désormais son lieu de
travail
dans l'entreprise.
De
la même manière, l'employeur ne peut assortir la mise en oeuvre de la
clause de
mobilité, d'une obligation de résidence dans le lieu de la nouvelle
mutation.
Une telle exigence va bien au-delà de la clause de mobilité et
nécessite de
recueillir l'accord du salarié. Enfin, la mise en oeuvre de la clause
de
mobilité ne peut avoir pour effet de modifier la rémunération du
salarié. Dans
un tel cas, l'accord préalable du salarié sera nécessaire.
Auteurs de
l'article: Pascale
Lagesse et Cécile Zoro, Avocates
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