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De la Nécessité de « Diplômer » l'Expérience au Sénégal

 

De nos jours, l'école ne possède plus le monopole de la transmission des savoirs. Le théâtre, les associations de quartier, les Groupements d'Intérêt Économique (G.I.E.), la télévision, les journaux, la rue, les ateliers, Internet, sont des écoles. Tout le monde y apprend. L'école n'est plus l'instance de formation mais plutôt, une des instances de formation parmi d'autres.

Nombreux sont ceux qui ont appris leur métier « sur le tas », hors d'une salle de cours, simplement par la pratique et l'apprentissage.

Au Sénégal, les ateliers de mécanique automobiles, les ateliers de couture, de menuiserie (métallique et bois), les fermes agro-pastorales, sont des centres de formation et de production. Ils forment beaucoup de jeunes en temps réel et offrent des produits et des services qui répondent aux besoins de la société.

Dans la composition de la population active, on trouve ceux qui sont titulaires d'emplois (salariés ou non) et ceux qui sont au chômage. Tous, sont des porteurs potentiels de compétences, qu'ils aient ou non, l'opportunité de les mettre en ?uvre dans des situations de travail.

Une société qui veut s'appuyer sur ses ressources humaines pour développer son économie, doit s'assurer que les citoyens sur qui elle compte, ont le sentiment d'être reconnus, de représenter « quelque chose » et de jouir d'une certaine considération. C'est le prix de leur adhésion aux objectifs de développement économique, social et culturel.

La culture du diplôme

 Au Sénégal, le  diplôme  est très important. Il permet d'acquérir une identité professionnelle. Il fait bénéficier à son titulaire, une  présomption  de compétence. Il permet d'accéder aux postes les plus élevés de la hiérarchie professionnelle. Il est aussi un moyen d'accès rapide à une considération sociale.

Si le diplôme est délivré par une école supérieure européenne ou américaine, il a même plus de valeur qu'un diplôme acquis sur place. Pourtant plus personne n'ose prétendre qu'à la sortie de ses études, il est formé une fois pour toutes. Avec un diplôme on peut être recruté à un emploi parce qu'on possède une grande partie des compétences nécessaires à la réalisation des activités et à l'accomplissement de sa mission. Mais cela ne suffit pas. Il restera toujours à acquérir des compétences supplémentaires que la formation initiale n'a pas pu donner : découvrir des particularités du milieu du travail, connaître la culture de l'entreprise, maîtriser certaines subtilités liées à l'exercice du métier, etc.. Le travailleur, pour son efficacité, a besoin de ces compétences supplémentaires. Il les découvrira progressivement ; certaines d'entre elles par la pratique professionnelle, et les autres lui seront transmises par les plus anciens.

Plus l'individu avance dans le travail, plus son histoire professionnelle prend de l'importance par rapport à son diplôme initial.

Dans le fonctionnement actuel du marché du travail, les entreprises recherchent des compétences. De plus en plus, le curriculum vitae est l'élément majeur d'un dossier de candidature à un emploi, tandis que le diplôme devient un élément de repérage qui simplifie la sélection des candidats.

Lorsqu'on dit que quelqu'un a beaucoup d'expérience, ou une grande expérience, cela signifie qu'il a fortement amélioré ses compétences dans un domaine donné, grâce à la pratique. L'expérience est donc une source de compétences.

La validation des acquis de l'expérience (VAE)

L'expérience professionnelle dont nous parlons ici, est celle qui est fondée sur l'action. Elle exclut toutes les formations explicites basées sur des programmes pouvant constituer des cursus. Elle dépend en grande partie de l'individu lorsqu'il est placé dans un environnement de travail.

Il est évident que toutes les situations de travail ne sont pas porteuses des mêmes possibilités d'acquisition ou de révélation de compétences. Il y a des emplois formants qui donnent des occasions nombreuses d'acquérir des compétences par l'expérience, et d'autres, plus répétitifs, qui limitent les possibilités d'acquisition.

L'expérience professionnelle occupe une part importante dans une politique de mobilisation et de valorisation des ressources humaines. Autant la Collectivité Nationale s'est organisée pour certifier des formations scolaires, autant elle doit prendre en compte et reconnaître les « acquis de l'expérience » pour les valider et les certifier, en somme, pour les « diplômer ».

La Validation des Acquis de l'Expérience (VAE) permet à de nombreux adultes, qu'ils aient un niveau de formation initiale élevé ou non, qui ont acquis des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être au cours de leurs expériences professionnelles, d'accéder à des diplômes. C'est un système qui valide avant tout, des aptitudes réelles.

La VAE s'inscrit dans un processus de valorisation des individus. Elle est un acte officiel par lequel les compétences acquises par l'expérience sont reconnues par la communauté.

Il ne s'agit pas d'une conversion automatique de l'expérience en diplôme. Il s'agit de permettre à des citoyens qui en ont besoin et qui peuvent justifier d'une partie des connaissances et des aptitudes exigées pour l'obtention d'un diplôme,  de faire reconnaître et de faire valider leurs expériences. C'est aussi une manière de reconnaître l'expérience professionnelle comme étant une voie d'accès au diplôme aux côtés de la formation initiale et de la formation continue.

L'école continuera certes de conserver son monopole de certification; celle-ci pouvant simplement être accélérée pour les personnes qui remplissent des critères prédéfinis.

La validation des acquis de l'expérience produit les mêmes effets que le succès à l'épreuve dont le candidat a été dispensé.

Un vaste chantier pour la Formation Professionnelle

Force est de reconnaitre que les ateliers de couture, de menuiserie de tous ordres, les garages de mécanique automobile, les chantiers de BTP..., sont de véritables  centres d'apprentissage  pour les jeunes. Pourtant ceux-ci, pour la grande majorité, sont là parce que prématurément exclus du système d'éducation dit « formel ». Ce sont donc de purs produits du secteur informel.

Le secteur informel est défini comme étant l'ensemble des activités économiques qui se réalisent en marge de la législation pénale, sociale et fiscale ou qui échappent a la Comptabilité Nationale. Autrement dit, c'est l'ensemble des activités qui échappent à la politique économique et sociale, et donc à toute régulation de l'État. 

Déjà par cette définition, le secteur informel est catalogué par son comportement marginal.

Les pouvoirs publics et certains partenaires ont engagé des actions communes en vue de valoriser cet apprentissage non formel. C'est une volonté politique à saluer car en Afrique, on ne peut pas continuer de minimiser l'apport considérable de ce secteur dans nos économies.  

L'organisation sociale doit tenir compte de cette réalité et imaginer des mécanismes adaptés pour reconnaître et valider toutes les compétences et tous les talents qui y émergent.

Nous ne prônons guère un droit  automatique  au diplôme pour les jeunes (et même pour des adultes) qui ont appris leur métier auprès d'un maître-artisan mais au moins, un droit à faire valider leur expérience, qui pourtant, est de fait, reconnue par notre société.

La validation des acquis de l'expérience est certainement à inscrire dans les priorités du vaste chantier de la Formation Professionnelle au Sénégal. 

Ce système que nous appelons de tous nos voeux, est un défi auquel il faut répondre sans tarder.

 

Kèba Diallo
Ingénieur de la Formation


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